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Chroniques Édition VI
Chronique VI  ·  Juin 2026

Vivre
avec goût.

"Le goût n'est pas une opinion. C'est une façon d'habiter le monde — avec attention, avec intention, avec la conviction que les choses belles valent qu'on s'arrête."

Cigare Horlogerie Sartorial Art de la Table Automobile Art & Design

L'art de vivre n'est pas une collection. Ce n'est pas une liste de restaurants, une armoire de beaux vêtements, une cave bien garnie. Ces choses peuvent en être les expressions — mais elles n'en sont pas la substance. L'art de vivre, dans ce que ce mot a de plus précis, désigne une qualité d'attention que l'on porte aux choses, aux gens, aux moments. Une façon de ne pas laisser les journées se dérouler sans les avoir habitées.

Cette chronique ne contient pas de guides d'achat. Elle ne cite pas de marques à admirer ni de références à acquérir. Elle parle de quelque chose d'antérieur à tout ça : la disposition intérieure qui fait qu'un homme traverse sa vie en remarquant ce qui mérite d'être remarqué, en choisissant avec intention, en partageant avec générosité. Six domaines, six manières d'exercer cette attention.

— I —   Cigare

Apprendre à ne rien faire d'autre

Le cigare est peut-être le seul plaisir qui exige votre présence totale. Vous ne pouvez pas le fumer en faisant autre chose — pas vraiment. Pas si vous voulez le goûter. Le moment où vous allumez, le premier tiers, le milieu où les arômes changent, la façon dont il se comporte à la coupe : tout cela demande que vous soyez là, seulement là, pour cette durée précise qui ne peut pas être abrégée.

C'est peut-être sa vertu la plus sous-estimée. Pas le tabac, pas la complexité aromatique, pas le savoir-faire du torcedor — mais cette contrainte de présence qu'il impose. Dans un monde où l'attention se divise en fragments de plus en plus courts, le cigare est un contrat avec le moment présent. Vous ne pouvez pas scroller pendant que vous fumez. Vous ne pouvez pas être ailleurs. Il vous retient là où vous êtes.

Cette qualité d'attention — apprendre à ne rien faire d'autre — est le fondement de tout art de vivre. Elle s'acquiert dans un fumoir, mais elle se transfère partout.

Invitation à pratiquer

Établissez un rituel quotidien qui demande votre présence complète — trente minutes où rien d'autre n'existe. Un café bu sans téléphone, une promenade sans musique ni podcast, une lecture dont vous ne lisez qu'une seule page à la fois. Le contenu importe moins que la discipline d'y être entièrement.

"Le goût ne s'achète pas. Il se cultive — dans la répétition, dans la curiosité, dans la conviction que les petites choses méritent une grande attention."

Epicure Floriano · Chronique VI
— II —   Horlogerie

Choisir pour soi, pas pour être vu

Il y a une question que peu de gens se posent au moment d'acquérir un objet important : est-ce que je veux cet objet, ou est-ce que je veux que les autres me voient avec lui ? Les deux désirs existent, et il n'y a pas à en avoir honte. Mais les confondre mène à une collection d'objets qui ne correspond à personne — des choses achetées pour une image, et qui sonnent faux dès qu'on est seul avec elles.

La montre est un cas particulièrement révélateur, parce qu'elle est intime autant que visible. Vous la portez contre votre peau, mais vous la montrez aussi au monde. Elle dit quelque chose sur votre rapport au temps, à la précision, à la durée. Une montre achetée pour impressionner parle aux autres. Une montre achetée pour soi vous parle à vous — chaque matin quand vous l'attachez, chaque fois que vous regardez l'heure.

L'art de vivre avec goût commence souvent par ce renversement : apprendre à choisir des objets qui correspondent à ce qu'on est, plutôt que des objets qui correspondent à ce qu'on voudrait paraître. Ce n'est pas un renoncement à la beauté. C'est l'accès à une beauté plus durable — celle de la cohérence.

Invitation à pratiquer

Avant tout achat significatif, posez-vous cette question : si personne ne devait jamais voir cet objet, est-ce que je le veudrais quand même ? Si la réponse est oui, l'envie est vraie. Si la réponse est hésitante, il vaut la peine d'attendre.

— III —   Sartorial

S'habiller comme un acte de présence

Il existe une différence entre s'habiller pour être vu et s'habiller pour être présent. Le premier est une anxiété déguisée en style — une quête de validation extérieure qui ne se satisfait jamais longtemps. Le second est une forme de courtoisie : envers soi-même, et envers les personnes avec qui on va passer du temps.

L'homme bien habillé sans en avoir l'air n'a pas trouvé une astuce. Il a fait des choix, au fil du temps, qui alignent son apparence avec qui il est. Il a compris ce qui convient à son corps, à sa vie, à son caractère. Il a appris à résister aux achats impulsifs pour investir dans des pièces qui durent. Il a renoncé à impressionner les inconnus pour être à l'aise avec lui-même.

Cela prend du temps. Cela implique des erreurs. Des vêtements achetés dans l'enthousiasme et abandonnés après trois sorties. Des coupes qui semblaient idéales dans la boutique et qui ne fonctionnent pas dans la réalité du quotidien. Ces erreurs ne sont pas du gaspillage — elles sont l'apprentissage. Le goût se forme par essais, par corrections, par l'accumulation lente d'une compréhension de ce qui vous ressemble.

Invitation à pratiquer

Identifiez une pièce que vous portez depuis plusieurs années avec un plaisir constant. Demandez-vous pourquoi elle fonctionne — sa matière, sa coupe, sa couleur, la façon dont elle s'inscrit dans votre manière d'être. Ce que vous découvrirez est plus utile que n'importe quel guide de style.

L'art de vivre avec goût — Epicure Floriano
Vivre avec attention — avant l'objet, le regard qu'on lui porte
— IV —   Art de la Table

L'hospitalité comme art du don

Il n'existe pas d'art de vivre qui ne passe pas par la table. Non pas le restaurant — bien qu'un grand repas dans un lieu exceptionnel soit l'un des plaisirs les plus raffinés qui soit — mais le repas que vous cuisinez et servez vous-même. L'acte de choisir ce que vous préparerez, de sélectionner ce que vous servirez à boire, de dresser une table avec soin même si c'est un mardi soir : tout cela dit aux personnes qui arrivent quelque chose que les mots ne disent pas aussi bien. Je t'ai pensé. J'ai préparé pour toi. Ce soir compte.

Les meilleurs repas que j'aie jamais partagés n'étaient pas les plus onéreux. Ils étaient ceux où je sentais que la personne qui avait cuisiné avait donné quelque chose d'elle-même. Un plat simple préparé avec attention et générosité vaut infiniment plus qu'un menu élaboré sans âme. Ce qui nourrit vraiment, c'est moins ce qu'il y a dans l'assiette que ce qu'il y a dans l'intention.

Recevoir est un acte de générosité, mais aussi un acte de courage : vous vous exposez, vous partagez votre façon d'habiter les choses, vous offrez à d'autres un accès à votre monde. C'est peut-être pourquoi les grandes tablées restent si longtemps dans les mémoires — elles sont des moments où quelqu'un a dit : vous valez la peine que je vous donne du temps.

Invitation à pratiquer

Une fois par mois, cuisinez un repas de A à Z pour des personnes qui vous importent. Pas de traiteur, pas de plats préparés. Le temps que vous y consacrez est le message le plus éloquent que vous puissiez leur adresser.

"Ce qui distingue un homme qui vit avec goût, ce n'est pas ce qu'il possède. C'est ce qu'il remarque — et ce qu'il choisit de partager."

Epicure Floriano · Chronique VI
— V —   Automobile

La route comme pratique du présent

Il existe une manière de conduire qui est une forme de méditation, et une manière de conduire qui n'est qu'un mode de transport. La différence n'est pas dans la voiture. Elle est dans le conducteur — dans la qualité de présence qu'il apporte à ce qu'il fait.

Quand vous conduisez vraiment bien — complètement là, pas en pilote automatique — vous ne pouvez pas penser à autre chose. La route remplit votre attention entièrement. C'est à la fois le danger de la conduite (la distraction est mortelle) et son cadeau le plus discret : elle est l'une des rares activités quotidiennes qui force l'être humain moderne dans le présent. On ne peut pas ruminer un e-mail en négociant un virage correctement. On ne peut pas se projeter dans la semaine prochaine en écoutant ce que la voiture dit sous les mains.

De temps en temps, prenez un itinéraire que vous ne connaissez pas. Sans GPS. Laissez-vous dérouter. Ce que vous perdrez en efficacité, vous le gagnerez en quelque chose d'autre — cette curiosité du regard que l'itinéraire habituel a depuis longtemps émoussée.

Invitation à pratiquer

Lors de votre prochain trajet non urgent, coupez la navigation et le son. Conduisez avec les deux mains, dans le silence. Remarquez ce que vous voyez quand vous n'êtes pas en train d'écouter ou de planifier.

L'art du regard et du goût — Epicure Floriano
Ce que l'on voit vraiment quand on prend le temps de regarder
— VI —   Art & Design

Éduquer son regard

Personne ne naît avec du goût. Le goût s'éduque. Et l'éducation est simple, à défaut d'être rapide : on s'expose à des choses belles, on essaie de comprendre pourquoi elles le sont, on se trompe, on ajuste. On recommence. Sur des années, quelque chose se forme — une façon de voir, une sensibilité qui reconnaît ce qui est juste avant même de pouvoir l'expliquer.

La première fois qu'on se tient devant une grande peinture et qu'on ne ressent rien, ce n'est pas que l'œuvre a échoué. C'est que l'œil n'est pas encore prêt à recevoir ce qu'elle offre. La deuxième fois, on remarque peut-être quelque chose. La cinquième fois, quelque chose passe entre vous et la toile — une reconnaissance, une résonance qu'on ne peut pas tout à fait nommer mais qu'on ne peut pas nier non plus. C'est cela, développer son regard.

L'art n'est pas réservé à ceux qui "s'y connaissent". Il est pour quiconque est prêt à se tenir devant quelque chose et à attendre. Et quand cela arrive enfin — ce moment de résonance — on comprend pourquoi les hommes font de l'art depuis qu'ils existent.

Invitation à pratiquer

Visitez une exposition par mois — pas pour tout comprendre, mais pour ressentir quelque chose. Devant une œuvre qui vous arrête, ne cherchez pas à l'expliquer. Restez seulement. Regardez. Notez ce qui se passe intérieurement.

"Vivre avec goût, c'est refuser la précipitation sans refuser la vie. C'est choisir, dans chaque domaine, la profondeur sur la surface."

Epicure Floriano · Chronique VI

L'art de vivre n'est pas une destination. Il n'y a pas de palier à atteindre après lequel on peut se dire "j'y suis". C'est une pratique quotidienne — une façon de se lever le matin avec la question ouverte de ce qu'on va remarquer, de ce qu'on va goûter, de ce qu'on va partager. Les six univers d'Epicure Floriano ne sont pas des catégories de consommation. Ce sont six manières d'exercer cette pratique.

Ce qui nous réunit ici — dans ce cercle, dans ces chroniques, dans ces conversations — c'est cette conviction partagée que la qualité de l'attention qu'on porte à la vie est plus importante que la quantité de choses qu'on y accumule. Que la profondeur vaut plus que la surface. Que partager ce qu'on a appris à voir et à aimer est l'un des actes les plus généreux qu'on puisse poser.

Vivre avec goût, c'est finalement cela : ne pas laisser les jours passer sans les avoir vraiment traversés.

— Le Cercle Epicure Floriano, Juin 2026

Questions sur l'art de vivre

L'art de vivre est-il réservé aux personnes aisées ?

Non. Le goût est une pratique d'attention, pas de consommation. Certains des hommes qui vivent avec le plus de goût ont des budgets modestes et des références immenses. Ce qui coûte cher dans l'art de vivre, c'est le temps — le temps de regarder, d'apprendre, de choisir avec soin. L'argent peut accélérer certaines expériences ; il ne peut pas remplacer la curiosité.

Par où commencer pour cultiver son art de vivre ?

Par le domaine qui vous parle déjà — la cuisine, la musique, le sport, la lecture, peu importe. Ce qui compte n'est pas le domaine choisi, c'est la décision d'approfondir plutôt qu'effleurer. Le goût se développe dans la profondeur, pas dans la largeur. Commencez par une seule chose et allez loin plutôt que de toucher à tout superficiellement.

Comment développer son goût sans tomber dans la consommation compulsive ?

En posant une question simple avant tout achat : est-ce que je veux cet objet, ou est-ce que je veux que les autres me voient avec lui ? La première réponse mène au goût. La seconde mène à la consommation sans satisfaction durable. L'art de vivre est une relation à la qualité, pas à la quantité.

Peut-on pratiquer l'art de vivre au quotidien, pas seulement dans les grandes occasions ?

C'est précisément là qu'il prend tout son sens. L'art de vivre ne s'exerce pas seulement dans les restaurants étoilés ou lors des grandes sorties. Il s'exerce dans le café du matin qu'on prend le temps de goûter, la table qu'on dresse correctement même seul, le trajet qu'on fait sans regarder son téléphone. L'ordinaire bien habité est la vraie mesure du goût.

Quel est le lien entre l'art de vivre et l'art de partager ?

Ils sont inséparables. L'art de vivre seul est une solitude raffinée. L'art de vivre partagé est une civilisation. Transmettre ce qu'on a appris à voir, inviter quelqu'un à découvrir ce qu'on aime, cuisiner pour ceux qui comptent — ces gestes sont peut-être les plus essentiels de tout l'art de vivre. C'est au fond ce qu'Epicure Floriano cherche à construire : un cercle de passionnés qui s'enrichissent mutuellement.

EF · AI

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